Sortir du projet…
Accepter d’être là où j’en suis sans vouloir toujours faire plus ou le mieux possible, pour laisser place à ce qui est… là où je suis.
Cette phrase résume bien la situation. Le serpent se mord la queue. L’œuf ou la poule… ou l’œuf ? Être ou ne pas être ? Être sans avoir, ou avoir sans Être ?
Quel inconfort, ce que je suis aujourd’hui.
J’ai l’impression d’être prisonnière du comment faire au lieu de me concentrer sur le pourquoi le faire. Vouloir être constamment dans le fond quand on vit dans une société de forme me fait oublier ce qui pourtant me semble évident : l’un ne va pas sans l’autre, et aucun des deux ne peut advenir s’ils ne sont pas accompagnés du fameux lâcher-prise.
Mais qu’est-ce que le lâcher-prise ?
Il y a à peu près un an, tout a explosé dans ma vie… Ou peut-être que je vis dans une perpétuelle explosion depuis la nuit des temps, et que je suis la plus grande des magiciennes, ou des sorcières équilibristes de l’Univers.
Je dirais juste qu’après avoir marché plus de 15 000 km sur Compostelle, le chemin des Incas au Pérou, la Via Francigena et le monde en 25 ans, lors de mon dernier chemin en 2022, rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé. Mes deux garçons m’ont annoncé qu’ils voulaient partir vivre chez leur père ; mon gynécologue, qu’il devait me débarrasser de mon utérus ; et le Covid m’a laissé un arrière-goût de « je ne sais plus trop qui je suis ». Alors je repars du Puy-en-Velay, direction Compostelle, pour la douzième fois.
Comment vous dire que mon camino vers Compostelle a été le plus bordélique, insensé et bruyant de tous mes chemins — rempli de joie, d’amour, d’amitié et de fraternité, laissant le silence et mes désirs pieux à la porte de la cathédrale perchée de Notre-Dame du Puy.
Après plus de 60 jours de marche, je suis obligée de capituler face au désir irrépressible de mes deux merveilleux enfants (oui, ils marchent avec moi) de faire leur rentrée scolaire. Alors je plie, et je stoppe mon chemin 100 km avant Compostelle. La blague ! Je pense aujourd’hui que c’était prophétique.
Dès mon retour à Paris, j’en parle à l’une des petites sœurs du désert et lui partage mon désarroi quant à tous ces rendez-vous manqués.
— Mais Céline, c’est merveilleux… Quelle bénédiction pour toi !
— Ah bon ? Pouvez-vous être un peu plus explicite, ma sœur ?
— Eh bien, tu es sortie du projet.
— Sortie du projet ?
— Est-ce que tu as aimé ce que tu as vécu sur ce chemin ?
— En vérité ?… Ça a été le plus beau et joyeux chemin de ma vie !
— Eh bien voilà. Tu as accueilli ce que la vie avait pour toi. Tu ne t’es pas raccrochée à la projection que tu avais de toi.
Whaouuu… si je n’avais pas, à cet instant, entrevu la beauté de ces paroles.
Aujourd’hui, après 3 000 km en sept mois sur les traces de Marie-Madeleine, après avoir dû arrêter mon chemin du jour au lendemain, après la sensation de revenir à la case départ puis de repartir dans une Odyssée de l’Être qui me dépasse… je comprends mieux. Je comprends que je ne suis pas Dieu, ni Bouddha, ni la Pachamama ; que ma vision du réel n’est qu’une pâle projection de mes croyances, et qu’une infinité de chemins me sont pourtant réservés, juste parce que JE SUIS, ici et en vie.
Je comprends enfin cette allégorie de l’ignorant, du savant, du génie et du visionnaire. L’ignorant fait avec ce qu’il a, sans même savoir qu’il y a quelque chose à chercher. Le savant cherche ce que d’autres ont déjà vécu. Le génie trouve, ici et maintenant, le dénouement de ce que l’humanité cherchait. Et le visionnaire, lui, voit ce que le monde garde caché derrière un voile.
Alors, comme rien ne se passe comme prévu, et que je n’ai pas encore la sagesse de percevoir la grandeur de ce qui m’est réservé, je décide de faire la seule chose que je maîtrise vraiment.
Lâcher prise. Être en roue libre. Totalement libre.
Après avoir versé des milliers de larmes durant trois mois — parce que je partais, parce que je m’éloignais une année entière de mes enfants, parce que je me dépouillais de tout, parce que je pensais ne pas être à la hauteur — j’accepte. J’accepte, aujourd’hui, non sans peur, de devenir comme le roseau qui se plie aux intempéries. J’accepte de me laisser traverser par la vie en accueillant tout ce qui se présente. Même si je ne sais plus vraiment où je vais… je suis, et cela me rendra riche de l’expérience que j’ai décidé d’incarner.
Si mon cheminement peut être le miroir de tes pas, je te donne rendez-vous ici chaque dimanche — sans filtre, sans voile, juste moi, en vérité, avec toi.
Les photographies du chemin
Reçois un fragment de chemin, chaque vendredi
Un souffle, une carte, une invitation à ralentir. Tu confirmes ton e-mail, puis ma série de bienvenue t’attend.
Poursuivre le chemin
Et si tu marchais, toi aussi ?
Quand un récit résonne, c'est souvent qu'un pas attend d'être fait.
Trouver ta marche
Laisse une trace sur le chemin
Ton regard compte. Partage ce que ce récit a remué en toi.